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"Assurément une triste et farouche superstition seule nous peut défendre de nous réjouir. Car pourquoi conviendrait-il plutôt de chasser la faim et la soif que de chasser la mélancolie? Telle est la manière de vivre que j’ai adoptée. Une divinité hostile pourrait seule se réjouir de ma faiblesse et de ma souffrance, et faire honneur à ma vertu de mes larmes, de mes sanglots, de mes craintes, et de toutes les choses de ce genre, qui sont la marque d’un coeur faible. Au contraire, par cela seul que nous éprouvons plus de joie, nous passons nécessairement à une plus grande perfection, et nous participons davantage à la nature divine. C’est pourquoi il convient que le sage use des choses et en tire de la joie autant que cela se peut (non pas certes jusqu’au dégoût, car le dégoût n’est pas de la joie). Il convient, dis-je, que le sage mange et boive avec modération et avec plaisir, qu’il jouisse des parfums, de la beauté des plantes, des ornements, de la musique, des jeux, du théâtre, et en un mot de tout ce dont on peut user sans faire tort aux autres. Car le corps humain est composé de beaucoup de parties de nature diverse, qui ont continuellement besoin d’un aliment nouveau et varié, afin que tout le corps soit également apte à faire tout ce qui peut suivre de sa nature, et que par conséquent l’âme soit elle aussi également apte à comprendre à la fois plus de choses."
Observation d’Oriane (feutre fluo jaune canari): j’ai toujours aimé ce genre de raisonnement un peu épicurien et essayé de guider ma vie là-dessus. Le problème est que, si on est cohérent avec soi-même, on arrive vite à une recherche absolue du désir (Sade n’est pas loin) car, du moins en ce qui me concerne, je n’éprouve jamais aucun dégoût dans la jouissance — si ce n’est la « jouissance » alimentaire mais ce n’est pas celle-là qui m’intéresse le plus — et je peux me livrer, sans aucune restriction ni limite aux plaisirs des sens et aux jouissances du corps. Si j’ai connu des limites (j’en parle dans ce roman) elles sont d’ordre sociales, non personnelles.
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